Voyage dans l'Anthropocène, cette nouvelle ère dont nous sommes les héros
Le sujet
Notre planète a atteint l'âge vénérable de 4.5 milliards d'années. Elle est passée par différentes ères géologiques. Ces ères géologiques couvrent des périodes particulièrement longues.
Durant cette longue histoire, la Terre, dans sa course autour du Soleil, n'a pas eu une constance absolue. L'orbite s'est plus ou moins allongée, plus ou moins approchée de l'astre du jour (cycles de 100000 ans). Ces variations ont entraîné des changements majeurs d'un point de vue climatique.
Nous avons abordé il y a 11 500 ans l'Holocène. Cette ère se caractérise par différentes spécificités : une durée relativement courte au regard des ères géologiques, une constance des températures (une variation contenue dans les limites de 1°C). Cette constance a permis de voir émerger des évolutions majeures pour l'Homme : le développement de l'agriculture (qui a permis à l'Homme de passer de l'état de nomade à celui de sédentaire), le développement de l'industrie (plus particulièrement dans les 200 dernières années), une progression exponentielle de sa population.
La théorie
Même si l'holocène couvre une courte période, Claude LORIUS montre dans son livre que nous sommes entrés dans une nouvelle ère. L'élément qui a permis cette évolution n'est autre que l'Homme ! D'où l'appellation d'Anthropocène (du grec anthropos : homme).
Qui transforme aujourd'hui l'atmosphère au point d'en dérégler le climat ? L'Homme. Qui charrie plus de terre que tous les fleuves réunis ? L'Homme. Qui acidifie les océans ? L'Homme. Qui est en train de détruire les espèces vivantes qui constituent notre biosphère ? L'Homme. (…) L'être humain est devenu la principale force géologique sur la planète.
Comment Claude LORIUS étaie-t-il cette théorie ? Tout simplement en s'appuyant sur sa spécialité : la glaciologie. Claude LORIUS retrace dans son ouvrage les différentes étapes de sa réflexion issue des résultats des recherches tout au long de sa carrière. Le point de départ est l'Année Internationale de géophysique de 1957-1958 et le démarrage d'une passion pour Claude LORIUS. Claude LORIUS est volontaire pour une mission scientifique en Antarctique. Il fait partie de la première équipe française à y hiverner durant un an. Durant 50 ans il multipliera les expéditions aux pôles afin d'étudier, entre autre, les évolutions du climat. Voyage dans l'Anthropocène est donc cette évolution. Pourquoi aller chercher les indices de notre futur dans les glaces de l'Antarctique ? Tout simplement parce que la glace archive notre passé. Elle permet d'une part de stocker les poussières, d'enregistrer les températures, d'emprisonner des échantillons d'atmosphères. De quoi reconstituer les climats d'autrefois. L'idée est venue en 1965 à Claude LORIUS lorsqu'il dépose dans un verre de whisky un morceau de « vieille » glace provenant d'un morceau d'échantillon. Les bulles d'air prisonnières de la glace se sont libérées dans le liquide. Il faudra cependant attendre 1979 afin d'être en mesure d'en faire l'analyse. Pour la mesure des températures il fallut inventer un nouveau type de thermomètre : le thermomètre isotopique qui mesure la proportion de deutérium dans l'hydrogène permettant de déterminer la température lors de la création de la glace. Des forages profonds (plus de 3 km) ont permis d'analyser une très longue période de l'histoire. Le résultat pour les 300 dernières années est sans appel : la teneur en CO2 augmente, la température aussi. Pour retrouver une telle teneur en CO2, il faut faire un bond de 56 millions d'années en arrière ! La rapidité du phénomène n'a pas de précédent et correspond à l'activité industrielle de l'Homme. Nous sommes donc devant un dérèglement global de notre environnement et nous continuons à accélérer… droit dans le mur !
(…) Et nous voyons venir, fondant de plus en plus rapidement sur nous comme des aigles sur leurs proies, de grandes falaises inquiétantes. Nous aimerions pouvoir freiner, mais nous ne trouvons pas la pédale de frein. Nous aimerions pouvoir bifurquer, mais la route est impeccablement droite. Nous aimerions tirer la sonnette d'alarme, mais bien d'autres avant nous s'en sont chargés en vain : ces murailles sont dans nos têtes.
Les ressources de notre planète sont finies (au sens mathématique en opposition à infinies). Les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) ont mis plus de 500 millions d'années à se constituer. Nous les avons épuisées en 200 ans ! La population mondiale continue à augmenter. En 2011, nous devrions passer la barre des 7 milliards de terriens alors qu'en 1900 nous étions 1.6 milliards, en 2000, 6.8 milliards. En 2030 nous serons 9 milliards ! Et les terres agricoles disparaissent. Allons-nous vers la disparition de l'Homme (il faut rappeler qu'en moyenne les espèces sur la Terre ont une durée de vie de 5 millions d'années, l'Homme moderne à 160000 ans !) ? Peut-être.
Mais l'Homme ne disparaîtra pas seul, il entraînera dans sa perte l'essentiel de la vie sur Terre.
Claude LORIUS garde cependant une parcelle d'optimisme. Il croit en l'Homme. Mais l'Homme ne pourra s'en sortir qu'avec l'aide de L'Homme. Tous ensembles nous pouvons changer les choses, même si les dégâts à venir sont considérables. Le CO2 dans l'atmosphère a une durée de vie de 300 ans. Les effets du CO2 produit aujourd'hui se feront sentir pour les 3 siècles à venir, même si nous stoppons aujourd'hui nos émissions. Le niveau des océans va augmenter de façon énorme (la fonte des glaces du Groenland ferait monter les océans de 7 m, celle de l'Antarctique de 70 m !).
L'Anthropocène – ère de la mondialisation des échanges, de la globalisation culturelle, de la crise environnementale planétaire – nous oblige non seulement à repenser l'histoire, à reconsidérer nos modèles économiques, mais également à réapprendre à vivre ensemble.
Claude LORIUS amène la preuve, qu'en pleine guerre froide, il a pu, avec les Américains et les Soviétiques, travailler à un projet commun. Pourquoi n'y arriverions-nous pas aujourd'hui ? L'Homme est donc de loin le phénomène géologique le plus destructeur que la Terre ait connu. C'est ce que ce livre nous révèle. Il nous révèle aussi que nous sommes probablement devant un changement majeur et de notre monde et de nos sociétés. Il aura fallu 40 ans pour l'accepter, 40 ans pour accepter que nous sommes entrés dans une nouvelle ère. Peut-être que pour l'Homme ce sera la dernière. Cette nouvelle ère sera mise en discussion en 2012 à Brisbane lors du 34ème Congrès International de Géophysique qui devrait ainsi officialiser le passage dans l'Anthropocène. Ironie du sort, en ce début 2011, Brisbane est noyée sous les eaux de pluies diluviennes. Un signe des dérèglements de l'Anthropocène ?
Détails du livre
Titre : Voyage dans l'Anthropocène, cette nouvelle ère dont nous sommes les héros;
Auteurs : Claude LORIUS et Laurent CARPENTIER
Editeur : Actes Sud
ISBN : 978-2-7427-9534-5
Divers : 196 pages.
Voyage dans l'Anthropocène est divisé en
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un prologue,
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7 chapitres (Les glaces ; Le secret ; L'Anthropocène ; L'accélération ; Le mur ; Les crépuscules ; Le sursaut)
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un épilogue (dialogue entre Claude LORIUS et Laurent CARPENTIER),
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une postface de Michel ROCARD,
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dix graphiques,
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une bibliographie.
Les auteurs
Claude LORIUS, né en 1932, glaciologue, pionnier de cette science, premier français à hiverner en Antarctique en 1957
Notre avis
Voyage dans l'Anthropocène est un livre particulièrement intéressant qui restitue merveilleusement bien où nous en sommes en retraçant la carrière de Claude LORIUS. Il n'apporte pas de solution, ce serait trop simple. Mais il apporte une ouverture pour l'esprit. Bien que scientifique, et néanmoins abordable par tout le monde, ce livre appelle à la philosophie, il appelle à la réflexion sur soi et sur notre devenir. Il appelle à la responsabilité de chacun. Les épreuves vont être terribles mais l'Homme a su montrer sa capacité à réagir face à l'adversité. Une leçon d'optimisme. Le premier livre de ce blog, pris un peu au hasard de l'actualité. Mais un livre particulièrement précieux et qui ne peut laisser indifférent. Lire la postface de Michel ROCARD particulièrement instructive.
Recommandation
A lire absolument, à diffuser et discuter… Et réfléchir sur notre avenir !
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Conférence de Claude LORIUS et Sciences et Avenir
Pour compléter le livre n’hésitez pas à visionner les 3 vidéos ci-dessous.
Elles ont été réalisées lors d’une conférence de Sciences et Avenir. Claude LORIUS, avec beaucoup d’humour, reprend les théories de son livre. Il est à noter qu’à la fin une question est posée par un “climato-sceptique”. On ressent l’exaspération dans les propos de Claude LORIUS : il vient de passer plus d’une heure à présenter les résultats de 40 ans de sa carrière, les données ne peuvent en aucun être mises en cause… et pourtant certains doutent ! C’est le propre de l’homme. Galilée aussi a eu ses sceptiques en son temps. Qui aujourd’hui oserait remettre en cause ses théories ?



[...] la teneur en CO² dans l’atmosphère. Vous pouvez retrouver les résultats de ses recherches dans Voyage dans l’Anthropocène dont nous avons fait la chronique sur ce blog. Certains, les climato-sceptiques, mettent en cause [...]